Observatoire 2018 des signalements des PAN
en Belgique francophone


Compilation et analyse par Jean-Marc Wattecamps, responsable du réseau d’enquêteurs du COBEPS, compilation réalisée en date du 17 février 2019

    Introduction

    Les objectifs de cet observatoire sont :
    1. de présenter un état des lieux régulier et cumulé des notifications de PAN en Belgique francophone, toutes organisations confondues ;
    2. sur base de ces données de présenter les principales caractéristiques spatio-temporelles des observations notifiées.

    Ce travail est réalisé par le COBEPS, mais il reprend aussi des données collectées et partagées par d'autres organisations et en particulier Belgisch UFO-meldpunt et SOS-OVNI Belgique, le SOBEIPAN (ex REUB) ou le groupe Origine

    Il s'agit de proposer un aperçu de l'activité ufologique belge (Wallonie et à Bruxelles) aussi complet que possible. Toutes vos données sont les bienvenues. Conformément à une décision du COBEPS, ce rapport ainsi que ses données peuvent être repris, copiés, modifiés pour autant que le travail qui en résulte soit distribué avec les mêmes conditions et dans un but non lucratif. La source doit également être mentionnée dans son intégralité : en ce cas www.cobeps.org. Ce type de licence est une « Creative Commons » et signifiée par le logo en bas de page à gauche. Pour plus de renseignements : http://creativecommons.org.

    1. Présentation des notifications au 31 décembre 2018

    Les données présentées ne concernent que les observations faites par des personnes situées sur le territoire belge au moment de l'observation et, essentiellement, dans le centre et le sud du pays (Wallonie et Bruxelles). Il y a également quelques cas signalés par des francophones situés en Flandre. Pour la Flandre, nous vous invitons à consulter le site du Belgisch UFO-meldpunt. Un accord d’échange de signalements existe entre nos deux organisations. Les échanges avec SOS-OVNI et la SOBEIPAN (anc. REUB) sont aussi fréquents mais non formalisés. Le groupe d’enquête Origine accepte que nous reprenions les données qu’ils publient dans le forum : les ovnis : forum ufologique ; qui est lui-même à la source de certains signalements.

    Sont retenus tous les signalements de phénomènes aérospatiaux non identifiés par les témoins directs. Ils sont centralisés dans une base de données maintenue par le COBEPS depuis 2010 (année du début du relevé). L’observatoire étudie les données compilées et incrémentées depuis lors. La base de donnée est triée selon la date d’observation renseignée par les témoins.

    Les observations reprises dans ce texte ont été réalisées au plus tard le 31 décembre 2018. Le nombre total de signalements recensées à cette date est de 830. Il était de 743 à la fin décembre 2017 (dernier observatoire). Le nombre total de signalements reçus pour l’année 2018 s’élève à 82, mais, 6 d’entre eux concernaient des observations antérieures à 2018.

    Le COBEPS reçoit également trimestriellement 1 ou 2 signalements pour des observations réalisées par des témoins situés en dehors du territoire belge. Elles ne sont pas reprises dans cette base de données à l’exception d’une observation réalisée à Likasi (RDC) en 1976.

    Collecte des notifications

    Ce fichier tend vers l’exhaustivité. Nous ne disposons cependant pas de toutes les sources et il est probable que certains signalements nous échappent encore. Nous compilons tout ce que nous trouvons sur Internet grâce, entre autres, aux « Alertes Google » avec les mots-clés suivants : « phénomène aérien non identifié Belgique, ovni Belgique, ovni Brabant, ovni Bruxelles, ovni Charleroi, ovni Hainaut, ovni Liège, ovni Luxembourg, ovni Mons, ovni Namur, ovni Nivelles, ovni Tournai, PAN Belgique, soucoupe volante Belgique, triangle belge, ufo Belgium, vague belge. » Nous excluons de cette recherche les vidéos YouTube ou Dailymotion qui ne présentent pas assez d’informations pour en identifier avec certitude : les auteurs, lieux, dates, heures. Nous ne compilons pas les sites non francophones pour le moment. D’autre part, nous recevons régulièrement des signalements via des organisations partenaires et exceptionnellement des autorités (voir l’origine des infos Tableau 1).

    Tableau 1 : destinataires des 830 signalements
    Origine de l'information
    Pourcentage
    COBEPS
    63 %
    Forum/blog internet étranger
    13 %
    REUB/SOBEIPAN
    6 %
    ovni-ufologie.com/origine
    5 %
    Presse/TV/radio
    4 %
    SOS-OVNI
    3 %
    AREPS
    2 %
    Belgisch UFO-meldpunt
    2 %
    GEIPAN
    0 %
    GERU
    0 %
    CERPI
    0 %
    MUFON
    0 %
    Police
    0 %

    Rapidité des signalements

    Seuls 23 cas1 sont incomplets au niveau des dates d’observation ou de signalement. La majorité des observations sont faites dans les tout premiers jours. Internet facilite cette réactivité : 47,3 % des signalements arrivent dans les 36h et 55,2% dans les 48h (figure 1 : les deux premières colonnes). Cela permet aux enquêteurs de prendre contact avec les témoins rapidement, ce qui est indéniablement un bénéfice pour la qualité de la mémoire des faits.

    Figure 1 : rapidité du signalement d'une observation par un des témoins

    Les signalements récents concernant des observations anciennes (souvent de plusieurs années : Figure 1 dernière colonne) portent sur des phénomènes généralement plus complexes et intéressants, mais ils sont également plus difficiles à enquêter. Les difficultés résident principalement dans :

    • la qualité altérée de la mémoire des témoins ;
    • la difficulté de pouvoir reconstituer les faits, en raison de l’accès ou de la modification des lieux de l’observation ;
    • l’impossibilité de disposer des données radar et météo pour confronter le témoignage à des éléments d’explication possible.

    2. Caractéristiques spatio-temporelles des observations

    2.1. Distribution spatiale des témoins

    Lors du dernier observatoire (fin 2017), nous avions comparé la densité de population par commune au nombre de signalements. La conclusion était la suivante : le lien entre la densité de population et le nombre de signalements est statistiquement établi mais est moyennement fort : plus la densité est élevée plus il y a de signalements. Le coefficient de corrélation de Spearman donnait une valeur de 0,4460 avec une très faible probabilité d’une absence de relation (t-test hypothèse nulle, p≲0). Le lien était plus fort avec la population par commune 0,53 ; et était nul entre la superficie et le nombre de signalements. Le problème de cette corrélation était le grand nombre de communes où il n’y avait pas de signalement. Il aurait fallu un beaucoup plus grand nombre de signalements pour mieux l’établir ; mais alors, il aurait fallu considérer une période de temps plus grande et nous aurions été confrontés à des variations plus sensibles de la densité de population selon les époques. Il faudra encore attendre avant d’obtenir une réelle confirmation de cette relation croissante entre population et signalement.

    Si l’on étudie la répartition des signalements à plus petite échelle, celle d’une province, cette relation au contraire n’est pas du tout établie. Il y a assez de signalements dans chaque unité territoriale mais pas assez de province à comparer. Si l’on observe les chiffres et le rapport entre ces deux variables, on constate plutôt qu’il y a proportionnellement plus de signalements dans les provinces les moins denses Luxembourg et Namur. Toutefois le test de Kendall (approprié pour un nombre réduit de données à comparer) donne un coefficient de corrélation de 0,2 (probabilité de 7 %), mais la probabilité de l’hypothèse nulle est de plus de 7 %, ce qui nous incite à ne pas la rejeter. L’hypothèse nulle postule qu’il n’y a pas de relation entre densité et nombre de signalements à l’échelle provinciale selon ce test.


    Tableau 2 : nombre de signalements par province données cumulées de 2018
    Provinces
    Signalements
    Densité de population (2011)
    Signalement/densité
    Brabant Wallon
    115
    352
    0,33
    Bruxelles
    73
    7044
    0,01
    Hainaut
    242
    349
    0,69
    Liège
    168
    280
    0,60
    Luxembourg
    51
    62
    0,82
    Namur
    104
    131
    0,79
    Total
    753
     

    2.2. Distribution temporelle des observations

    2.2.1. Annuellement

    L’année 2012 a comptabilisé le plus de signalements avec 124 cas. Il y a eu 80 signalements en 2018, soit près de deux fois plus que l’année précédente ; qui avait été anormalement pauvre. La moyenne annuelle est de 90 signalements entre 2011 et 2018. L’année 2010 n’est pas significative, car la collecte n’avait pas encore été systématisée ; depuis lors la méthode de collecte est restée la même.

    Figure 2 : Evolution annuelle du nombre des signalements

    Classement des signalements

    Au terme d'une enquête plus ou moins approfondie, selon les cas2 on classe les phénomènes aériens (PAN) en ;

    • A : sont parfaitement identifiés ;
    • B : qui sont probablement identifiés ;
    • C : qui sont bien enquêtés, assez étranges, selon les témoignages, mais l’information disponible pour réaliser un contrôle ne permet pas de se prononcer de manière certaine sur le caractère non identifié du cas ;
    • D : qui restent non identifiés par des personnes compétentes qui disposent d’assez d’informations pour se prononcer suite à une enquête approfondie.

    Le COBEPS a ajouté le code « X » à sa base de données dans la colonne consacrée au classement des PAN. Ce code a été appliqué aux données de l’ensemble de la base en février 2016. « X » signifie globalement « non investigué » : il n’y a pas eut réellement de recherche pour différentes raisons (cas peu étrange : lumière nocturne très éloignée, formulaire très incomplet, absence des coordonnées des témoins, témoin ne désirant pas répondre aux questions complémentaires ou participer à des enquêtes…) et donc les renseignements sont insuffisants pour un classement effectif. Dans notre base de données vous trouverez encore le code « EC » : évaluation ou enquête en cours.

    Ce classement est inspiré de celui du GEIPAN

    Globalement pour obtenir une concordance entre les deux classements, il faut considérer les PAN X du COBEPS comme des PAN C.


    Tableau 3 : Classement GEIPAN par année (454 cas)
    Années
    A
    B
    C
    D
    Total
    2010
    7
    8
    9
    2
    26
    2011
    38
    17
    19
    5
    79
    2012
    36
    36
    8
    4
    84
    2013
    40
    22
    8
    3
    73
    2014
    36
    21
    7
    2
    66
    2015
    27
    23
    5
    1
    56
    2016
    22
    12
    1
    0
    35
    2017
    10
    11
    1
    0
    22
    2018
    15
    14
    10
    0
    39
    Total
    224
    156
    59
    17
    454

    La quantité de PAN D diminue ces dernières années. La proportion passe de 7,69 % en 2010 à 0 % à partir de 2016. Il reste cependant 3 enquêtes encore en cours pour l’année 2018.


    2.2.2. Mensuellement
    La variable NbS

    Cette variable reprend le nombre de signalements mensuels arrivés au plus tard dans les 30 jours après l’observation. L’ajustement de cette série par la méthode ARIMA TRAMO/SEATS révèle qu’il n’y a pas de variabilité saisonnière statistiquement établie et pas d’évolution annuelle du nombre de signalements. La composante saisonnière empiriquement observée en été et autour du jour de l’an, n’est pas constante ou pas assez marquée en 2011, 2014 et 2017.


    Figure 3 : Evolution du nombre de signalements mensuels

    Le wave detector a été revisité tenant compte de l’évolution de cette série temporelle. Voici les seuils de ce Wave detector. L’article initial et l’article complet qui expliquent la méthode de détermination de ces seuils, se trouvent en libre téléchargement sur le site du COBEPS.


    Tableau 4 : chiffres des seuils mensuels du nombre de signalements
    Mois
    Faible
    Fort
    Mois
    Faible
    Fort
    Janvier
    2
    13
    Juillet
    3
    15
    Février
    0
    10
    Août
    3
    20
    Mars
    0
    10
    Septembre
    2
    16
    Avril
    0
    10
    Octobre
    1
    10
    Mai
    1
    11
    Novembre
    1
    10
    Juin
    1
    10
    Décembre
    1
    11

    Il y a alerte « Vague » lorsque les seuils « forts » sont dépassés deux mois consécutivement.


    3. Analyse signal/bruit

    Le COBEPS analyse les signalements qui lui parviennent et les classifie selon la codification GEIPAN modifiée, telle qu’expliquée plus haut (par. 2.2.1.). Le COBEPS est parfois amené à évaluer des cas signalés à d’autres organisations si l’identification est évidente. Cependant, chaque association ou groupement dispose de ses propres protocoles et nous retenons bien entendu en priorité leur classement, le cas échéant. Sans information, nous classons en PAN X.

    Évaluations réalisées :

    • 480 cas ont été classés A/B/C ou D selon la nomenclature GEIPAN ;
    • 63 ont débouché sur la production d’un compte rendu d’enquête (CRE) ou d’un rapport (RDE) par le COBEPS, ce qui sous-entend une enquête approfondie ;
    • 40 dossiers d’enquêtes sont publiés sur le site Internet du COBEPS ;
    • 5 cas sont toujours en cours d’évaluation ou d’investigation par le COBEPS.

    Des enquêtes approfondies sont menées, si l’observation répond à un minimum de trois critères sur cinq (filtre)3. L’un des critères les plus importants est le nombre de témoins qui doit être au minimum de deux. Elles débouchent sur des rapports dont certains sont rendus publics, suivant les autorisations données par les témoins. Il arrive que nous réalisions des enquêtes dans les cas d’observations qui ne rencontrent pas ces critères soit parce qu’il s’agit d’un cas intéressant pour la formation des enquêteurs, parce que les médias se sont emparés du dossier, parce que nous collaborons avec d’autres organisations ou parce que les témoins sont particulièrement choqués et en demande d’être entendus.

    Le tableau 5 indique les résultats annuels de l’évaluation de chaque cas selon nos différents critères et le nombre d’enquêtes initiées alors que le filtre indiquait de ne pas la faire.


    Tableau 5 : enquêtes menées selon ou contre l’application du filtre
    Année
    Enquête en application du filtre
    Enquête malgré le filtre
    2010
    5
    8
    2011
    6
    1
    2012
    3
    2013
    2
    1
    2014
    8
    2
    2015
    9
    2
    2016
    8
    2017
    5
    1
    2018
    11
    2
    Total général
    57
    17

    À noter que les témoins peuvent refuser une enquête et que la seconde colonne n’est pas à jour : certaines enquêtes ont été menées, mais elles n’apparaissent pas dans le décompte des OUI. Le nombre en application du filtre additionné à celui des enquêtes menées contre l’application de celui-ci ne correspond donc pas au nombre de rapports réalisés.


    3.1. Classification GEIPAN

    Seuls 17 phénomènes restent non identifiés (toutes associations et époques confondues) sur 480 cas classés selon la nomenclature GEIPAN. Le taux global de PAN D (phénomène non identifié après enquête) est de 3,54 %.


    Figure 4 : répartition en classe GEIPAN de l’ensemble de la base de données

    3.2. Analyse des phénomènes de types A et B

    Ce que l’on peut dire, c’est que dans la plupart des cas, l’identification des phénomènes de type A est très rapide et évidente. Elle ne nécessite généralement pas d’enquête approfondie. Les cas B sont un peu plus difficiles à identifier, car il manque des paramètres ou les descriptions sont partiellement contradictoires avec l’identification.

    L’une des constances des témoignages qui aboutissent à un classement A, c’est que les descriptions sont suffisamment précises et conformes pour permettre une identification souvent assez rapide par l’enquêteur. Les témoins ne sont pas victimes d’illusions, n’expriment pas de fantasme mais seulement ce qu’ils ont observé selon leur point de vue.

    Les identifications les plus fréquentes depuis 2010 sont très largement les lanternes célestes. Mais depuis 2016, la confusion avec des lanternes diminue, ce qui montre que le public connaît maintenant mieux ce type d’objet et ne les signalent plus. En corollaire cela devrait mener à une diminution sensible des signalements. Ce fût le cas en 2017, mais pas en 2018. La confusion avec des avions devient la plus fréquente.

    Les observations d’avions font parfois l’objet de signalements particulièrement étonnants avec des formes, des couleurs de feux et surtout avec des tailles angulaires fortement différentes de ce que l’on attend de la description d’un avion. C’est le cas avec le rapport 20180111Sterpenich (Sterpenich 11/01/2018) qui est publié sur notre site. Les témoins ne sont pas d’accord avec notre conclusion.


    Tableau 6 : les cinq identifications les plus fréquentes depuis 2010
    Indentification
    2010
    2011
    2012
    2013
    2014
    2015
    2016
    2017
    2018
    Total général
    Lanternes célestes
    7
    31
    39
    31
    25
    27
    16
    4
    3
    183
    Avion
    2
    7
    6
    2
    7
    7
    8
    3
    6
    48
    Bolide
    1
    4
    3
    2
    3
    2
    1
    3
    3
    22
    Vénus
    1
    1
    7
    1
    1
    1
    1
    4
    17
    ISS
    2
    3
    1
    4
    1
    2
    13
    Total
    11
    45
    58
    37
    40
    38
    26
    14
    14
    283

    Le COBEPS a mis au point un système d’identification semi-quantitatif rapide des lanternes. Celui-ci est disponible en libre utilisation, sous la forme d’un fichier tableur pour Libre/Open Office ou pour la suite de Microsoft.