Observatoire 2020 des signalements des PAN en Belgique francophone

Compilation et analyse pour le COBEPS par Jean-Marc Wattecamps, responsable du réseau d’enquêteurs, compilation réalisée en date du 15 février 2021

    Introduction

    Les objectifs de cet observatoire sont :

    1. de présenter un état des lieux régulier et cumulé des signalements de PAN en Belgique francophone, toutes organisations confondues ;
    2. sur base de ces données de présenter les principales caractéristiques spatio-temporelles des observations notifiées.

    Ce travail est réalisé par le COBEPS, mais il reprend aussi des données collectées et partagées par d’autres organisations et en particulier Belgisch UFO-meldpunt et SOS-OVNI Belgique. Le groupe Origine communique également ses observations.

    Il s’agit de proposer un aperçu de l’activité ufologique belge (Wallonie et Bruxelles) aussi complet que possible via essentiellement des statistiques descriptives. Toutes vos données sont les bienvenues, elles seront diffusées via la base de données de cet observatoire.

    Ce rapport ainsi que ses données peuvent être repris, copiés, modifiés pour autant que le travail qui en résulte soit distribué avec les mêmes conditions et dans un but non lucratif. La source doit également être mentionnée dans son intégralité : en ce cas www.cobeps.org, ou si vous reprenez les cas de nos partenaires inclus dans la base de données leurs références. Ce type de licence est une « Creative Commons » et signifiée par le logo en bas de page à gauche. Pour plus de renseignements : http://creativecommons.org.

    La base de données de l’observatoire a été révisée, uniformisée dans le courant du mois de mars 2020. Cela entraîne quelques modifications légères par rapport aux situations présentées lors des précédents observatoires.


    1. Présentation des notifications au 31 décembre 2020

    Les données présentées :

    • ne concernent que les observations faites par des personnes situées sur le territoire belge au moment de l’observation et, essentiellement, dans le sud et le centre du pays (Wallonie et Bruxelles) ; il y a également quelques cas signalés par des francophones situés en Flandre ;
    • retiennent tous les signalements de phénomènes aérospatiaux qui sont non identifiés par les témoins directs au moment de l’observation ;
    • ne considèrent que celles qui ont été faites au plus tard le 31 décembre 2020.

    Elles sont centralisées dans une base de données maintenue par le COBEPS depuis 2010 (année du début du relevé). L’observatoire étudie les données compilées et incrémentées depuis lors. Le nombre total de signalements recensés est de 1059. Il était de 925 à la fin décembre 2019. Nous avons donc reçu 134 signalements ; mais 17 d’entre eux concernaient des observations antérieures à 2020.

    Pour la plus grande partie des observations en Flandre, nous vous invitons à consulter le site du Belgisch UFO-meldpunt. Un accord d’échange de signalements existe entre nos deux organisations. Les échanges avec SOS-OVNI ou ORIGINE ont été aussi fréquents mais non formalisés. Le COBEPS reçoit également trimestriellement un ou deux signalements pour des observations réalisées par des témoins situés en dehors du territoire belge. Elles ne sont pas reprises dans cette base de données. Ces signalements sont le plus souvent transmis à des organisations des pays correspondants.

    Collecte des signalements

    Ce fichier tend vers l’exhaustivité. Nous ne disposons cependant pas de toutes les sources et il est probable que certains signalements nous échappent encore. Nous compilons tout ce que nous trouvons sur Internet grâce, entre autres, aux « Alertes Google » avec les mots-clés suivants : « phénomène aérien non identifié Belgique, ovni Belgique, ovni Brabant, ovni Bruxelles, ovni Charleroi, ovni Hainaut, ovni Liège, ovni Luxembourg, ovni Mons, ovni Namur, ovni Nivelles, ovni Tournai, PAN Belgique, soucoupe volante Belgique, triangle belge, ufo Belgium, vague belge. » Nous excluons de cette recherche les vidéos YouTube ou Dailymotion qui ne présentent pas assez d’informations pour en identifier avec certitude les auteurs, lieux, dates, heures. Nous ne compilons pas les sites non francophones pour le moment. D’autre part, nous recevons régulièrement des signalements via des organisations partenaires et exceptionnellement des autorités (voir l’origine des infos Tableau 1).


    Tableau 1 : destinataires des 1059 signalements

    Destinataires Fréquence
    Pourcentage
    COBEPS
    746
    70,44 %
    Forum/blog internet étranger
    64
    6,03 %
    REUB/SOBEIPAN (activité arrêtée)
    53
    5,00 %
    ovni-ufologie.com (FR)
    40
    3,77 %
    Les ovnis Forum ufologique (BE) et ORIGINE
    40
    3,77 %
    Presse/TV/radio
    38
    3,58 %
    SOS-OVNI
    27
    2,54 %
    Belgisch UFO-meldpunt
    21
    1,98 %
    AREPS
    20
    1,89 %
    CERPI (activié ralentie)
    1
    0,09 %
    Autres (GEIPAN, Police, Geru...)
    9
    0,85 %
    Total général
    1059
    100 %

    Rapidité des signalements

    Seuls 50 cas1 sont incomplets au niveau des dates d’observation ou de signalement (il manque un jour/mois/année).

    Figure 1 : rapidité du signalement d’une observation par un des témoins


    La majorité des observations sont faites dans les tout premiers jours (Figure 1). Internet facilite cette réactivité : 48,66 % des signalements arrivent dans les 24h et 57,98 % dans les 48h. Cette proportion augmente d’année en année. Cela permet aux enquêteurs de prendre contact avec les témoins rapidement, ce qui est indéniablement un bénéfice pour la qualité de la mémoire des faits.

    Les signalements récents concernant des observations anciennes (souvent de plusieurs années : Figure 1 dernière colonne) portent sur des phénomènes généralement plus complexes et intéressants, mais ils sont également plus difficiles à enquêter. Les difficultés résident principalement dans :

    • la qualité altérée de la mémoire des témoins ;
    • la difficulté de pouvoir reconstituer les faits, en raison de l’accès ou de la modification des lieux de l’observation ;
    • l’impossibilité de disposer des données radar et météo pour confronter le témoignage à des éléments d’explication possible.

    2. Caractéristiques spatio-temporelles des observations

    2.1. Distribution spatiale des témoins

    Nous avons pu montrer lors du dernier observatoire qu’il y a une relation entre la densité de population et le nombre de signalements. Plus la densité est élevée, plus il y a de signalements.

    2.2. Distribution temporelle des observations

    2.2.1. Annuellement

    L’année 2010 n’est pas significative et n’a pas été reprise dans les statistiques annuelles. La collecte n’avait, en effet, pas encore été systématisée ; depuis lors, la méthode de collecte est restée la même.

    Ces statistiques concernent les observations réalisées dans l’année, même si celles-ci sont signalées tardivement, parfois plusieurs années après. La moyenne annuelle est de 93,10 signalements entre 2011 et 2020. L’espace interquartile est situé entre 82,75 et 102,25 signalements. L’année 2012 a comptabilisé le plus de signalements avec 124 cas. L’année 2017 a été la plus pauvre en signalements avec 45 cas. Il y a eu 117 signalements en 2020, ce qui en fait la seconde en nombre (Figure 2).

    Ces chiffres sont représentatifs. Nous avions l’année passée signalé que si la tendance observée à travers la moyenne mobile et sa régression se poursuivait, le nombre de signalements devait diminuer. La prévision était de 57 signalements. Le nombre réel est le double. Cependant, le nombre de lancements de Starlink se mulitipliant, nous avions également signalé que cela allait perturber nos prévisions. Cela s’est effectivement confirmé.

    Figure 2 : Evolution annuelle du nombre des signalements


    Deux autres éléments sont venus perturber nos prévisions :

    • le COVID et le confinement (prenons la fermeture des écoles comme point de référence soit à partir du 14 mars et jusqu’au 18 mai) ;
    • en concomitance avec un ensoleillement très important pour les mois de mars (162 h contre 114 en moyenne), avril (278/157) et mai (301/191).

    Classement des signalements

    Au terme d’une enquête plus ou moins approfondie, selon les cas2, on classe les phénomènes aériens (PAN) en ;

    • A : sont parfaitement identifiés ;
    • B : qui sont probablement identifiés ;
    • C : qui sont bien enquêtés, assez étranges, selon les témoignages, mais l’information disponible pour réaliser un contrôle ne permet pas de se prononcer de manière certaine sur le caractère non identifié du cas ;
    • D : qui restent non identifiés par des personnes compétentes qui disposent d’assez d’informations pour se prononcer suite à une enquête approfondie.

    Le COBEPS a ajouté le code « X » à sa base de données dans la colonne consacrée au classement des PAN. Ce code a été appliqué aux données de l’ensemble de la base en février 2016. « X » signifie globalement « non investigué » ; il n’y a pas eu réellement de recherche pour différentes raisons (cas peu étrange : lumière nocturne très éloignée, formulaire très incomplet, absence des coordonnées des témoins, témoin ne désirant pas répondre aux questions complémentaires ou participer à des enquêtes…) et donc les renseignements sont très insuffisants pour un classement effectif, sauf lorsque l’explication est évidente (cas Starlink ou lanternes par exemple). Dans notre base de données vous trouverez encore le code « EC » : évaluation ou enquête en cours.

    Ce classement est inspiré de celui du GEIPAN

    Globalement pour obtenir une concordance entre les deux classements, il faut considérer les PAN X du COBEPS comme des PAN C.


    Tableau 2 : Classement GEIPAN par année (841 cas)

    Années
    A
    B
    C
    D
    X
    Total
    2010
    7
    9
    8
    2
    9
    35
    2011
    38
    17
    19
    5
    17
    96
    2012
    36
    36
    8
    4
    40
    124
    2013
    40
    22
    8
    3
    30
    103
    2014
    37
    21
    7
    2
    30
    97
    2015
    26
    24
    5
    1
    44
    100
    2016
    22
    12
    2
    0
    45
    81
    2017
    10
    13
    1
    0
    20
    44
    2018
    15
    17
    10
    0
    40
    82
    2019
    34
    18
    4
    1
    28
    85
    2020
    51
    27
    2
    0
    23
    103
    Total
    316
    216
    74
    18
    326
    950

    La nombre de PAN D diminue ces dernières années. La proportion passe de 7,69 % en 2010 à 0 % à partir de 2016. En 2019 un PAN a été classé D par le groupe ORIGINE à propos d’une observation à Beloeil.


    2.2.2. Mensuellement

    Les mois de janvier, mars et avril ont présenté un nombre anormalement élevé d’observations. Le nombre de signalements de janvier atteint le seuil d’anormalité mais mars et avril le dépassent. Selon notre Wave Detector, cela aurait dû entraîner une première alerte de vague depuis la mise en place du système.

    Toutefois vu les circonstances, il ne s’agissait pas d’une réelle vague mais bien d’une situation parfaitement expliquée, liée à la conjonction des facteurs précédemment cités.

    Figure 3 : Évolution du nombre de signalements mensuels (année 2020)


    3. Analyse signal/bruit

    Le COBEPS analyse les signalements qui lui parviennent et les classifie selon la codification GEIPAN modifiée, telle qu’expliquée plus haut (voir. 2.2.1.). Le COBEPS est parfois amené à évaluer des cas signalés à d’autres organisations si l’identification est évidente. Cependant, chaque association ou groupement dispose de ses propres protocoles et nous retenons bien entendu en priorité leur classement. Sans information, nous classons en PAN X.

    Évaluations réalisées :

    • 624 cas ont été classés A/B/C ou D selon la nomenclature GEIPAN ;
    • 67 ont débouché sur la production d’un compte rendu d’enquête (CRE) ou d’un rapport (RDE) par le COBEPS, ce qui sous-entend une enquête approfondie ;
    • 42 dossiers d’enquêtes sont publiés sur le site Internet du COBEPS ;
    • 13 enquêtes sont en cours et 8 cas attendent encore un statut.

    Pour les signalement au COBEPS, des enquêtes approfondies sont menées, si l’observation répond à un ensemble de quatre critères obligatoires et au moins un critère facultatif :

    • au moins deux témoins directs (facultatif) ;
    • taille apparente au moins égale à la pleine Lune (obligatoire) ;
    • observation d’au moins 20 secondes et au plus de 30 minutes (obligatoire) ;
    • forme nette discernable : le témoin principal peut dessiner un contour une forme (obligatoire) ;
    • déplacement du phénomène dans un autre secteur que l’opposé de la direction de provenance du vent (± 45°) (obligatoire) ;
    • présence d’une trace : élément matériel au sol, photo... (facultatif).

    Elles débouchent sur des rapports dont certains sont rendus publics, suivant les autorisations données par les témoins. Il arrive que nous réalisions des enquêtes dans les cas d’observations qui ne rencontrent pas ces critères ; soit parce qu’il s’agit d’un cas intéressant pour la formation des enquêteurs, parce que les médias se sont emparés du dossier, parce que nous collaborons avec d’autres organisations ou encore parce que les témoins sont particulièrement choqués et insistent pour être entendus.

    À noter que les témoins peuvent refuser une enquête, même si le filtre la prévoit, et que nous n’avons aucun pouvoir d’injonction ; le COBEPS n’étant qu’une association de fait.

    3.1. Classification GEIPAN

    Seuls 18 phénomènes restent non identifiés sur 624 cas classés selon la nomenclature GEIPAN (toutes associations et époques confondues depuis 2010). Le taux global de PAN D est de 2,9 %.

    À cause de ce qui a été expliqué plus haut, la proportion de PAN A est particulièrement élevée en 2020 : 63,75 %. Cette même proportion était de 35,71 % en 2018 et 59,65 % en 2019.


    Figure 4 : répartition en classe GEIPAN de l’ensemble de la base de données


    3.2. Analyse des phénomènes de types A et B

    Dans la plupart des cas, l’identification des phénomènes de type A est très rapide et évidente. Elle ne nécessite généralement pas d’enquête approfondie. Les cas B sont un peu plus difficiles à identifier, car il manque des paramètres ou les descriptions sont partiellement contradictoires avec l’identification.

    L’une des constances des témoignages qui aboutissent à un classement A, c’est que les descriptions sont suffisamment précises et conformes pour permettre une identification souvent assez rapide par l’enquêteur. Les témoins ne sont pas victimes d’illusions, n’expriment pas de fantasme mais seulement ce qu’ils ont observé selon leur point de vue.

    Les identifications les plus fréquentes depuis 2010 sont très largement les lanternes célestes (Figure 5). Mais depuis 2016, la confusion avec des lanternes diminue, ce qui montre que le public connaît maintenant mieux ce type d’objet et ne les signale plus. Par contre, en 2019 comme en 2020, les trains de satellites Starlink et leurs fusées de lancement ont été des sources de confusions fréquentes. Vénus a également été très souvent mal identifiée.

    Les avions, les bolides, l’ISS sont encore régulièrement et sans grandes variations dans le temps, source de confusion pour les témoins peu habitués à l’observation du ciel. Il y a donc des effets « de mode et des grands classiques intemporels ».